À propos
Eydris est une signature, non une biographie. Un prénom, on le reçoit sans l'avoir choisi ; une signature est la seule occasion de se nommer soi-même. Celle-ci ne cache rien, l'état civil figure là où la loi l'exige. Elle désigne seulement un poste d'observation : le côté froid de la vitre, celui depuis lequel ces pages sont écrites.
Sous ce nom paraissent des essais philosophiques. Ils interrogent la lucidité, le pessimisme, et ce que nos conventions sociales tiennent hors champ. Leur fil n'est pas la critique d'une époque de plus, mais une question plus ancienne : que devient un être lorsqu'il ne peut, ou ne veut plus, renoncer à la vérité de son rapport au monde ? De cette question sont nés deux livres. Misonoïa, la haine de nous, qui nomme l'aversion envers la conscience elle-même, ce moment où le fait de se savoir vivre cesse d'être un privilège pour devenir un fardeau. Et Le monde sans masque, qui regarde ce que l'autisme révèle, non comme un trouble à corriger mais comme une présence qui rend visible le théâtre que les autres jouent sans le voir.
Ce travail ne plaide pas et ne console pas. Il ne propose ni méthode, ni sortie, ni sagesse praticable. Il dresse plutôt une carte : celle des points de vue depuis lesquels une vérité devient vraie, et des seuils où elle se renverse. On y écrit depuis la blessure, non depuis le balcon, et sans en tirer aucun titre.
Ces textes s'adressent à qui cherche moins des réponses que des compagnons de pensée. À qui préfère une question tenue ouverte à une consolation refermée trop vite. Si, en les lisant, quelqu'un reconnaît un mal qu'il croyait n'éprouver que seul, alors ils n'auront pas été écrits en vain.