
Misonoïa — la haine de nous
2026
Et si la conscience n'était pas notre privilège, mais notre blessure ? Misonoïa nomme l'aversion envers le fait même de se savoir vivre, et la tient jusqu'au bout, sans remède ni consolation.
Il existe des haines qui ont une adresse : un visage, une classe, une époque. Il en est une, plus froide, qui demeure sans nom parce qu'elle vise ce par quoi toute haine devient possible : la conscience elle-même. Misonoïa lui donne enfin son mot, du grec mîsos, l'aversion, et noûs, l'esprit.
Ce livre ne tient pas la lucidité pour un privilège ambigu qu'il faudrait mieux habiter, mais pour une catastrophe de structure : le point où un vivant, devenu trop conscient pour son propre équilibre, paie de ses nuits ce qui fait la gloire de ses bibliothèques. Dans le sillage de Zapffe, Mainländer et Cioran, et sans emprunter leurs sorties, l'essai refuse le remède, la méthode et la sagesse praticable. Il ne cherche pas à dénouer le nœud. Il apprend à l'habiter.